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L'opération Atlante

Les dernières illusions de la France en Indochine

 

Michel Grintchenko

 

Introduction

 

S’il existe dans l’histoire certaines périodes qui ne laisse­ront que peu de traces dans la mémoire collec­tive, d’autres semblent concentrer les événements décisifs. L’année 1954 fait partie de ces années denses au cours desquelles le destin d’une nation bascule. Pour la France, elle fut en grande partie dominée par la personnalité de Pierre Mendès-France, l’homme qui fit face aux défis du temps. Émergeant du drame de Dien Bien Phu, il parvint en un mois à désengager le pays du long et douloureux conflit indochinois, puis trouva une solution acceptable pour accompagner les premiers soubresauts de la décolonisation de l’Afrique. Toutes ces décisions furent prises à une époque où la pression soviétique s’exerçait très forte­ment sur l’OTAN et où les débats stratégiques européens se focali­saient sur la CED, en quête d’une solution pour réarmer l’Alle­magne. La densité des événe­ments qui secouèrent cette année 1954 explique la disparition de certains faits importants, alors qu’en d’autres temps, ils auraient certainement profondément marqué leur époque.

Tel est le destin de l’opération Atlante, lancée en 1954 par le général Navarre pour assainir le Sud-Annam. Dépassant le cadre strictement militaire, elle avait pour but de réinstaller l’admi­nistration vietnamienne dans une région qui était sous domination Viêt-minh depuis la fin de la seconde guerre mon­diale. Il s’agissait d’une véritable réponse politico-militaire à une guerre révolutionnaire. Alors que se jouait le sort de Dien Bien Phu, les troupes du CEFEO[1] ont mené au sud du 16e parallèle l’une de leurs plus grandes offensives. Deux débarque­ments, initialement plus de 30 000 hommes, parmi lesquels les toutes jeunes unités de l’armée vietnamienne, firent reculer le Viêt-minh dans l’un de ses bastions. Au prix de lourdes pertes, la zone fut globalement tenue jusqu’au cessez le feu et la population rame­née dans le giron du gouvernement vietnamien.

Atlante portait un nom bien choisi, puisqu’un dictionnaire nous apprend qu’un atlante est “une figure d’homme soutenant un entablement, à la manière d’Atlas portant le ciel sur ses épaules. Il en allait pratiquement de même pour cette opération, dans laquelle les éléments du CEFEO avaient pour rôle essentiel d’ap­puyer l’action des forces gouvernementales vietnamiennes qui s’engageaient dans leur première opération de grande envergure.

Pourquoi étudier cette opération ?

Cet ouvrage est le condensé[2] d’une thèse de doctorat soute­nue en Sorbonne en janvier 2003. À mi-chemin entre la page d’histoire militaire et l’analyse tactique, elle se proposait, à travers l’exemple de l’opération Atlante, d’identifier les mécanis­mes intem­porels permettant à une armée de reconquérir une population.

Pour ce faire, il fut nécessaire d’analyser toute l’opération dans ses moindres détails pour évaluer les discordances entre une brillante étude théorique menée par un état-major dès 1953, les attendus politiques d’autorités civiles et les contraintes militaires grandement faussées par une illusion de puissance. Il existait plusieurs intérêts pour mener à bien cette étude.

Le premier résidait dans une véritable modernité qui permet de tirer des enseignements applicables aujourd’hui. Si la guerre d’Indochine est une guerre bien connue, elle demeure paradoxale­ment totalement ignorée par certains aspects. En 1955, le général Ely, alors commandant en chef en Indochine, réalisa une grande enquête auprès des participants au conflit. Très librement, des milliers d’acteurs de l’ombre ont spontanément répondu, le plus souvent avec beaucoup de franchise et de pertinence[3]. Cette enquête déboucha sur la rédaction d’un volumineux rapport, Les enseignements de la guerre d’Indochine[4]. Or, lorsque cette géné­ration rentra en France, on se hâta soit de la renvoyer en Algérie, soit de lui faire comprendre que ces guerres n’étaient que des cas particuliers, certes intéres­sants, mais que la réalité du combat était celle du choc des blindés, de l’arme nucléaire et de la guerre totale de très haute intensité. En un mot, la Guerre froide a stérilisé les enseigne­ments que l’on aurait pu tirer de ces neuf années de lutte en Indochine.

Aujourd’hui, la rupture stratégique des années 1990 a créé paradoxalement des conditions d’emploi proches de celles de la guerre d’Indochine. Les interventions militaires contemporaines s’exercent dans un environnement étrangement similaire. Comme jadis, les actions militaires bénéficient le plus souvent d’une suprématie aérienne incontestée (chose inespérée du temps de la Guerre froide) et permettent aux forces d’évoluer en petits élé­ments tactiques. De plus, les conflits d’aujourd’hui demandent du temps et opposent les troupes à un adversaire insaisissable sou­vent très lié avec la population. Ajoutons à cela un cadre d’action international, une solution politique hésitante et généra­lement un terrain très défavorable, et l’on retrouve les principaux ingré­dients de la guerre d’Indochine. Bien sûr, il ne s’agit pas de tomber dans le piège qui consisterait à vouloir décalquer les solu­tions trouvées. Chaque conflit est unique, et mérite de se voir appliquer la solution la mieux adaptée. Mais il n’est pas vain de retracer l’historique des opérations en restant le plus près possible du concret et de la vérité.

La deuxième raison qui pousse à étudier Atlante réside dans son caractère méconnu. Il flotte autour de cette opération comme un spectre de médiocrité, d’inutilité et d’aveuglement stratégique. Dans bon nombre d’ouvrages, on ne lui consacre que quelques lignes en insistant sur les multiples erreurs. Par exemple, pour Joseph Laniel, Président du Conseil au moment des faits, c’est un véritable gâchis qui rendit impossible tout secours pour Dien Bien Phu[5]. Mais si Atlante est tombée dans la trappe de l’histoire, ce n’est pas en raison de la précarité de ses résultats, loin s’en faut. Cette opération est arrivée trop tard au moment où le politi­que n’espérait que le désengagement. Par ailleurs, l’argument peut surprendre, elle a le tort de ne pas avoir été conduite, à certaines exceptions près, par des unités très prestigieuses. Ainsi, elle n’a pas bénéficié de la faveur des spécialistes de l’image et de la mémoire, comme le sont par exemple les romanciers. Le sacrifice de ses hommes est resté oublié. Le seul fait d’arme qui soit relaté dans les différents ouvrages est l’anéantissement du G.M.100 en juin 1954. Mais peu d’écrits précisent que le G.M.100 faisait partie, au sein des forces d’Atlante, du dispositif de couverture des opérations de pacification. Pourtant Atlante neutralisa pendant six mois les forces du Lien Khu V[6], permit la reprise d’une bande côtière de plus de 100 km et le ralliement d’une grande partie de la population d’une province Viêt-minh.

Le but de cette étude est donc double. Sur le plan historique, il s’agit de montrer la réalité d’Atlante et de rendre justice à ces hommes qui se sont battus au sud du 16e parallèle, avec honneur et succès, dans des lieux que rendront célèbres les GI’s au cours de la guerre du Vietnam. La guerre d’Indochine ne peut se résu­mer à la défense du Delta et au désastre de Dien Bien Phu. Sur le plan des enseignements tactiques, cette étude s’attache à montrer les contraintes d’une opération de pacification et tente de définir la place que doivent y prendre les armées. Ces opérations sont longues, complexes, exigent un volume très important de troupes et ne peuvent se substituer ni à un règlement politique, ni à l’obtention de la décision militaire.

La question du terme de l’opération

L’image que l’on retiendra d’Atlante dépend du terme qu’on lui fixe. Si l’on considère que l’opération s’achève avec le cessez-le-feu fin juillet 54, il s’agit d’un échec cuisant, qui a tout juste permis de contrer l’offensive des forces du Lien Khu V. Si l’on fixe le terme à la mi-juin, elle apparaît comme une opération laborieuse, prématurément stoppée, mais qui peut revendiquer quelques succès. Si l’on s’en tient aux deux premiers mois, c’est un rayon de soleil dans une année 1954 bien terne.

La question est donc de savoir sur quels critères se fonder pour en déterminer la fin, car l’état-major entretint à l’époque volontairement le flou pour maintenir l’incertitude dans l’esprit de l’adversaire. L’opération fut dans un premier temps gelée tempo­rairement, puis les phases ultérieures furent reportées et enfin l’élan offensif se réduisit à une défense des acquis. Mais jamais il n’y eut à ce sujet de décision aussi claire que celle qui accompagna son lancement. Si cette volonté de diluer Atlante dans le temps n’abusa pas le Viêt-minh, elle ouvre la porte cin­quante ans plus tard à l’interprétation.

La logique de pacification cesse vers le 15 juin 1954, lors­que les forces reçoivent l’ordre de se regrouper et d’abandon­ner le terrain conquis. Ce fait brise le fil directeur qui assurait la cohé­rence de l’engagement des forces, c’est pourquoi il faut con­si­dérer que l’opération Atlante s’est achevée à cette date. Cepen­dant, les opérations ultérieures menées jusqu’au cessez-le-feu seront très largement évoquées dans cet ouvrage comme complé­ment historique.

Sources documentaires et difficultés rencontrées

Prolongeant l’étude de la première phase réalisée à travers un D.E.A.[7], ce travail s’appuie sur le même fonds documentaire, provenant essentiellement des séries 10H et 7U du Service Histo­rique de l’Armée de Terre (SHAT), complété par les sources détenues par le Service Historique de l’Armée de l’Air (SHAA) et le Service Historique de la Marine (SHM). L’éclairage prove­nant des Fonds Privés de Vincennes fut également précieux, notamment pour les fonds des généraux Navarre et Ely. Enfin, les fonds Bidault et Pleven détenus aux archives Nationales donnè­rent la perception politique des événements, particulièrement pour leur impact sur la conférence de Genève.

Ces sources écrites ont été complétées par plusieurs entre­tiens avec des acteurs de l’opération, moments le plus souvent très chaleureux permettant de recouper certaines informations et de s’assurer de ne pas faire de contresens. Nombreux sont ceux qui y retrouvèrent bien “leur” guerre.

Il fallut ensuite trouver un moyen pour rendre compte de ces événements. L’utilisation de croquis permit de visualiser le déroulement des faits. Mais un croquis est bien souvent incom­plet, et si l’on veut le rendre plus précis, il devient rapidement illisible. Afin de ne pas les surcharger, les indications géogra­phiques et cartographiques ne sont fournies en totalité que lors de la première évocation des secteurs. Le suivi des différents événe­ments fut rendu possible par l’utilisation d’une base de don­nées qui permit de suivre avec une grande précision le mouve­ment des unités. La zone d’action fut alors divisée en carrés de 10 km sur 10, ce qui permet de retrouver très rapidement un lieu. Un inven­taire des lieux, ainsi que le croquis d’ensemble sont fournis en annexe. Ils permettent un suivi prati­que des principaux événe­ments.

Techniquement, ce travail s’est rapidement heurté à plusieurs difficultés.

La cartographie demanda un travail extrêmement minu­tieux, puisque les J.M.O[8]. font référence à des lieux dits. Il a donc été nécessaire de développer un système de carroyage permettant de référencer plus de 200 lieux dans une base de données.

Le suivi des unités fut impératif. Ce n’est qu’en retraçant le mouvement des 150 unités de niveau bataillon qui furent enga­gées dans Atlante, qu’il a été possible d’analyser la situation tactique du moment, en suivant au jour le jour, par secteur ou par unité, l’évolution du rapport de forces local.

Le suivi des pertes constitue le fil directeur de cette étude, sachant que si du côté franco-vietnamien les calculs semblent rela­ti­vement proches de la réalité, ces données ne sont qu’ap­proxi­matives pour les pertes Viêt-minh, parfois complétées par des extrapolations personnelles.

Enfin, il a été nécessaire de relater un certain nombre de “non-événements” ou d’événements insignifiants, quitte à alour­dir le texte. Il ne se passe pas grand chose, mais c’est important d’en parler. Le passage d’un convoi n’a en soi rien d’extraordi­naire. Pourtant, il n’est possible qu’en raison de la mise en place d’un dispositif de couverture. Ne pas relater ces non-événements reviendrait à ne mettre en lumière que les combats, ce qui fausserait à terme l’image des actions préventives souvent très efficaces.

La vision de l’état-major, axe d’étude privilégié

L’opération Atlante a souvent été condamnée sans appel. Absurdité tactique conduisant à l’affaiblissement de Dien Bien Phu, gâchis épouvantable entraînant la tonte en règle d’une popu­lation pourtant favorable, aveuglement du général Navarre, brico­lage incessant… Tout le monde s’accorde à dire que ce fut un fiasco, mais très peu d’écrits expliquent ce qui s’est réellement passé. Et quand ils le font, leur vision est très parcellaire voire très partisane.

Toutes les unités eurent leur vision des faits. Et cette vision est très différente quand on passe d’une unité à l’autre. Il n’y a que l’état-major central, situé à Nha Trang qui disposait d’une vision d’ensemble. C’est pourquoi, le point de cohérence de cette étude est constitué par cet état-major. Et c’est à partir de lui qu’ont été remontés les principaux rouages de l’opération permet­tant de mettre en évidence les interactions entre des faits parfois distants de plusieurs centaines de kilomètres.

L’opération Atlante ne serait pas tombée dans l’oubli si cet état-major avait rédigé un rapport de fin de campagne, document qui aurait permis de pouvoir rapidement porter un jugement sur les faits et d’en tirer les principaux enseignements. Ce travail ne fut a priori pas fait, et c’est en grande partie ce vide qui a motivé cette thèse. Les écrits disponibles sur Atlante, qui en donnent un certain éclairage, émanent soit d’un niveau supérieur ayant une vision parfois réductrice et simplificatrice des faits, soit de niveaux subordonnés ne possédant qu’un aspect parcellaire des événements.

Il y avait donc un intérêt réel de faire connaître le point de vue de cet état-major qui est toujours demeuré très discret. Ceux qui présidaient au destin de l’Indochine ont publié des ouvrages pour justifier leurs choix ; de même, les exécutants ont bien souvent raconté leurs souvenirs. Paradoxalement, l’état-major, ce niveau intermédiaire, pourtant au cœur de la décision, est souvent resté bien silencieux. Il est ainsi regrettable que le général de Beaufort ne se soit pas expliqué, exposant ses principales contraintes.

C’est pour comprendre sa marge de manœuvre et son état d’esprit que nous suivrons une approche résolument tactique, développant une grille d’analyse voisine de celle dont disposait le commandant de l’opération au moment des choix les plus délicats. Le résultat est donc très militaire, mais ceci semble apporter une pierre à l’approche pluridisciplinaire aujourd’hui recherchée. L’aspect tactique d’une opération mérite d’occuper une place dans une recherche globale beaucoup plus thématique. Il ne s’agit pas de défendre la vision de l’état-major, mais uni­quement d’exposer ce qui c’était passé en répondant tout sim­plement à la question si chère aux militaires “de quoi s’agit-il ?

Principales caractéristiques d’Atlante

Atlante est avant tout un plan d’opération intellectuellement séduisant, voire brillant, qui n’a pas supporté le passage à la réalité. Il souffre d’une sous-estimation des difficultés et d’une surestimation des capacités. De surcroît, il n’a pas assez tenu compte de l’aspect humain.

Ce plan sous-tend une opération réellement de grande am­pleur, qui a duré cinq mois, engagé à terme plus de 50 000 hommes et coûté aux forces franco-vietnamiennes des pertes voi­sines de 6 500 combattants (500 tués, 2 000 blessés, 4 000 dispa­rus). Dans le même temps, les unités Viêt-minh ont probablement subi des pertes doubles (de l’ordre de 3 000 tués, 8 000 blessés et 700 prisonniers). Par rapport à Dien Bien Phu, c’est trois fois plus de troupes engagées, pour des bilans compris entre le tiers et la moitié.

C’est une opération essentiellement vietnamienne, ce qui explique en partie pourquoi elle a disparu de la mémoire collective française. Atlante a de ce fait un aspect guerre civile indéniable.

Ce fut une opération contrée par une réaction Viêt-minh très intelligente, qui a su en exploiter les faiblesses structurelles, par la mise en place d’une guérilla défensive au Phu Yen et l’appli­cation de l’offensive sur, nous dirions maintenant, le centre déter­minant du dispositif.

Enfin, ce fut certainement une opération utile, car elle permit de bloquer l’offensive Viêt-minh sur les Plateaux. Que se serait-il passé si Ban Me Thuot était tombé ? Les négociations de Genève auraient-elles été les mêmes ? Atlante permit également une concentration des moyens dans cette zone (notamment à travers le plan de mise à disposition des T.D.K.Q[9].). Enfin, elle constitua une preuve de l’engagement politico-militaire de l’Union française.

Apport conceptuel sur la pacification

L’analyse des modes d’action liées à la pacification permet de la comparer aux notions contemporaines de maintien, de rétablissement ou d’imposition de la paix, voire à la phase dite de “stabilisation”.

La pacification est avant tout un mode d’action du temps de guerre, alors que les notions contemporaines traduisent en règles d’engagement des statuts juridiques différents. L’approche se fait à présent par le juridique, alors qu’au temps de la pacification, elle se faisait par le politique et la tactique. À travers la recon­quête de la population, les forces cherchent le renseigne­ment qui leur permettra de détruire le potentiel de combat de l’adversaire. Nous sommes donc résolument dans une logique de guerre à l’inverse des modes d’action de la fin du xxe siècle, qui se situent dans une logique de temps de paix.

L’un des paris ratés d’Atlante est d’avoir estimé que l’on pouvait faire l’économie de la bataille décisive en différant la destruction du potentiel de combat de l’adversaire en fin d’opéra­tion. Cette idée, séduisante intellectuellement, partait du principe qu’il était possible de créer une dynamique de rallie­ment, sans que le sort des armes n’ait été tranché. N’étant pas parvenu à détruire l’adversaire en début d’opération, il a été nécessaire de couvrir le dispositif avec des moyens de plus en plus importants, tout en ne disposant, ni du choc psychologique favorable permet­tant d’exploiter une dynamique victorieuse, ni de réversibilité. Le drame survint lorsque le dispositif fut allégé, ce qui ouvrit la zone aux unités adverses dont le potentiel n’avait fait que croître.

Enseignements concernant les forces armées

Enfin l’analyse d’Atlante, permet de souligner combien une armée ne s’improvise pas et combien elle demeure dépendante d’une logique d’effectifs. Une opération de pacification consti­tue un véritable gouffre. Quand il s’agit d’envisager des actions de contre-guérilla, le rapport de forces doit être compris entre 15 à 20 contre 1, si l’on veut espérer un quelconque succès. Par ailleurs, ces opérations s’inscrivent dans le long terme, ce qui impose un système de relève pour ne pas s’user prématurément. Atlante mit en exergue cette dilution des efforts et montra que le phéno­mène de fatigue mécanique des unités est inévitable et engendre des conséquences dramatiques.

Plan sommaire

Cette étude s’articule en quatre parties permettant de suivre chronologiquement les faits :

§           la première partie est consacrée à l’étude théorique de l’opération et à l’examen de son environnement géo­stratégique. Elle détaille les ordres d’opération en suivant la méthodologie d’un état-major chargé de les élaborer. Elle s’attache à décrire les forces qui prirent part aux combats et précise l’organisation de l’armée vietnamienne plus particulièrement celle de la 4e division, qui fut engagée directement dans l’opération. Elle illustre enfin certains modes d’action défensifs et offensifs liés aux fortifications ;

§           la deuxième partie reprend en grande partie l’étude de la phase Aréthuse, débouchant sur la conquête du Phu Yen ;

§           la troisième partie détaille la phase Axelle, de la zone arrière à Qui-Nhon (où l’on passa d’un débarquement réussi à un attentisme bien surprenant) pour finalement insister sur le déroulement des opérations dans la zone du front. Les combats de la R.C. 19 et les différentes opérations menées dans le Phu Yen témoignent de la manière dont l’armée vietnamienne s’est compor­tée au cours de ces funestes deux mois ;

§           la quatrième partie décrit rapidement les combats qui se déroulèrent entre le 15 juin 1954 et le cessez-le-feu, au cours de la période qui aurait dû correspondre à la phase Attila ;

§           enfin une longue conclusion tire les principaux ensei­gne­ments de ces six mois d’opération.

Cinquante ans après les faits, il est certainement utile d’enrichir notre connaissance de cette année 1954. Pour l’Indo­chine française, elle ne doit pas se résumer au désastre de Dien Bien Phu et aux accords de Genève. La réalité est plus complexe et bien des combats ont encore émaillé l’histoire de cette terre jusqu’au cessez-le-feu. Une solution intellectuellement séduisante fut tentée lors d’Atlante.

Elle échoua en partie, car elle était fondée sur une illusion de puissance, résultant d’une approche essentiellement quanti­tative des forces et d’une sous-estimation systématique des capa­cités de l’adversaire. Dans ses mécanismes, l’opération Atlante semblait adaptée aux besoins. Pourtant, elle ne put ni empêcher l’effondrement militaire, ni survivre au naufrage de l’Indochine française.

Premier engagement de grande envergure des forces vietna­miennes, Atlante marque le prélude de ce qui deviendra, quelques mois plus tard, une véritable guerre civile.



[1]        Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient.

[2]        L’intégralité de la thèse est consultable à la bibliothèque de l’École pratique des Hautes Etudes.

[3]        Ces rapports sont conservés au SHAT 10H 981.

[4]        Conservé au SHAT 10H 983.

[5]        Joseph Laniel, Le Drame indochinois, Paris, Plon, 1957, p. 76.

[6]        Province Viêt-minh, objectif d’Atlante.

[7]        Michel Grintchenko, Atlante-Aréthuse, une opération de pacification en Indochine, ISC-Econo­mica, 2001, 333p.

[8]        Journaux des Marches et Opérations.

[9]        Tien Doan Kinh Quan ; bataillons légers. Ils symbolisaient la naissance de l’armée vietnamienne.

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